CM : Scènes coupées

Face à la marée :

 

(où Forteresse était sensée sentir la présence de Loréa à FauconRoc... mais devant le bouleversement opéré dans l'histoire, cette scène n'a plus lieu d'être à ce moment là (plus ou moins dans le 4ème chapitre) même si nous retrouverons certainement Lame Ardente  et Louve plus tard dans l'histoire... Je recyclerai peut-être la partie bavec Louve, qui sait ^^;;;)

 

Lame Ardente s'étira souplement dans le fauteuil dans lequel il était vautré. Arrivé depuis peu à FauconRoc, il ne s'était pas encore habitué à cette vie sédentaire et oisive. Des étendues sans fins de la Mer Verte, il se retrouvait cloîtré dans cette maison aux murs exigus. Bien sûr, il comprenait qu'à l'aulne des royaumes Occitaniens, les lieux se trouvaient être spacieux mais il avait l'impression d'étouffer dans cet endroit qui lui était si étranger. La grande Changeforme surnommée Forteresse entra dans la pièce. Eux, les Mokraïs, ils appelaient son peuple les Lalakés. Le Peuple des Chevaux. Ils étaient à la fois frères et étrangers de par leurs coutumes, mélangeant leurs deux ethnies pour mieux cacher les hybrides. Du coin de l’œil, il observa son aînée lever le nez. Elle semblait humer l’air de la pièce, une expression perplexe se gravant sur ses traits disgracieux. Discrètement, Lame Ardente renifla à son tour. Il ne sentait rien de bien particulier, lui.

« Tout va bien ? » demanda-t-il avec espoir.

La perspective d’un peu d’action lui semblait plutôt attrayante. Tout, plutôt que de continuer à s’encroûter entre ces murs de pierres.

« C’est étrange… » marmonna la femme comme si elle ne l’avait pas entendu.

Les Lalakés avaient une fâcheuse tendance à se montrer un brin mystique en vieillissant et Forteresse n’était plus toute jeune. Peut-être était-ce un effet de l’âge ? Le Mokraï se garda bien d’émettre son opinion à voix autre. Elle n’avait rien d’une délicate donzelle et avait tendance à exprimer ses opinions de façon plutôt… frappante.

« De quoi ? » demanda-t-il, s’efforçant de se montrer poli.

Elle sembla enfin le remarquer.

« Je sens une présence… Quelque chose qui ne devrait pas se trouver ici. Pas à FauconRoc. »

Lame Ardente se tint coi. Il ne comprenait pas vraiment de quoi elle voulait parler. Sa compagne grinça des dents.

« Je l’ai encore perdue ! »

« Faut-il s’attendre à une nouvelle attaque de la Malombre ? »

Elle secoua la tête.

« Non. Je ne sens aucune malveillance. Juste une présence évanescente. »

Elle s’approcha de la table et se versa un grand verre de jus fermenté, du kibbar. Observant un instant le liquide ambré qu’elle fit tournoyer et huma, elle se laissa tomber dans un fauteuil et croisa ses longues jambes.

« Elle ne devrait pas se trouver ici… »

« Ce que vous avez perçu ? Comment ça se fait ? »

Forteresse vida son verre en un seul trait et haussa les épaules.

« Va savoir… » marmonna-t-elle vaguement en se tapotant la lèvre du doigt.

Elle n’ajouta rien et, finalement, Lame Ardente se retira, rendu mal à l’aise par le lourd silence qui s’était installé dans la pièce. Désœuvré, il descendit dans les fausses écuries.

« Tu t’es perdu ? » demanda une voix impertinente dans sa langue.

Surpris, il fit volte-face et se retrouva nez à nez avec Louve, la sauvageonne. Il avait joué avec les jumelles lorsqu’il n’était qu’un gamin. La belle était une rose à la beauté sauvage et aux épines acérées. Il en avait déjà fait les frais, aussi resta-t-il sur ses gardes et garda-t-il ses mains éloignées de sa silhouette sculpturale.

« Pas vraiment, » répliqua-t-il. « Je m’ennuie et Forteresse est en pleine crise mystique. »

« Avoue, elle t’impressionne ! »

Le sourire que la jeune femme lui adressa était éclatant. Amusé, il le lui rendit.

« Pas autant que toi. »

« Vil flagorneur ! »

Louve éclata de rire et agita une bourse cliquetante sous son nez.

« Tu sais jouer aux osselets du roi ? »

« Aux quoi ? »

« Allez, viens ! Tu vas voir, ça te fera oublier tes grandes étendues pour un moment. »

Il la suivit dans une stalle déserte en se demandant s’il n’existait pas d’autres activités susceptibles de l’aider à surmonter le mal du pays.

 ***