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Extrait bonus :

 

Debout dans l’embrasure de la porte, Kail ne parvenait pas à détourner son regard de la silhouette allongée sur le lit. Lorelei semblait si pâle. Lorsqu’il avait appris ce qu’il s’était passé, il avait planté là ses hommes et le sauvetage de la tour des mages pour se précipiter dans le bureau du comte, semant le malheureux messager qui était venu le quérir. Tant pis pour la retenue qu’il s’était efforcé d’afficher depuis les attaques de la Cosse-Vide. Il l’avait portée pour la ramener dans ses appartements sans se soucier de ses blessures qui le tiraient sous l’effort. Derrière, un page avait trottiné avec une Perle inconsolable dans les bras.

Pauvre petite ! Le capitaine baissa les yeux vers l’enfant qui tirait sur sa tunique. Elle le fixait avec des yeux implorants encore tout mouillés. Attendri, il ne se fit pas prier pour la soulever et la bercer. Le pouce fourré en bouche, elle se nicha au creux de son cou, sa main libre crispée sur son épaule.

« Là ! Là ! » murmura-t-il, maladroit.

Le son de sa voix sembla l’apaiser car elle cessa de l’agripper comme si elle craignait de le voir disparaître mais le pouce resta bien en place. Il essaya de le lui retirer et il sortit avec un bruit de succion. Aussitôt le petit visage se fripa de chagrin et il la laissa reprendre son doigt en bouche.

« Chut ! Pardon, louvette ! Chut ! Chut ! »

Un petit rire attira son attention. Lorelei, toujours trop pâle, s’était redressée sur un coude et les contemplait d’un regard indéchiffrable.

« Ma dame, » bafouilla Kail.

Il tenta de reprendre le ton cérémonieux qu’il dressait entre eux comme une barrière depuis le baiser de l’incident de la Cosse-vide. Échoua lamentablement. Il était trop vieux, trop abîmé par la vie et les combats. Pas assez noble pour elle. Il se l’était répété tel un mantra des centaines, des milliers de fois. Mais ce jour-là, cela ne fonctionna pas. Pas alors qu’il avait cru la perdre. Pas alors que la menace de la Malombre pesait plus lourd que jamais sur leurs épaules. En trois pas, il rejoignit le lit, posa Perle sur le matelas et, dans le même mouvement, captura les lèvres de sa belle. Lorelei leva vers lui des yeux lumineux.

« Enfin, messire capitaine ! Je n’osais plus espérer qu’un jour vous vous décidiez enfin ! »

« Je crains bien, ma dame, que vous n’ayez scellé vous-même notre destin... »

Il se gorgea du sourire taquin qu’elle lui adressa.

« Kail ! Vous m’aviez caché que vous étiez un poète ! »

Il l’embrassa à nouveau, à court de mots. Il n’était point un beau-parleur mais un homme d’action.

« Marions-nous ! » souffla-t-il tout contre ses lèvres.

Avant de prendre le temps de réfléchir à ses paroles. De penser tout court !

Lorelei inspira son air et porta les mains à ses joues. Kail frissonna en sentant ses paumes fraîches contre sa peau. Une odeur de fleurs se dégageait d’elle. Il observa ses lèvres trembler et son visage prendre une expression vulnérable qu’il ne lui avait jamais vue.

« Oui, » souffla-t-elle.

« Tout de suite ! »

Elle le fixa avec une surprise émerveillée.

« Mais... et le comte ? »

« Je lui ferai ma demande dés que nous irons le trouver. »

« Et Perle ? Je ne peux pas la... »

« Adoptons-la ! J’ai toujours voulu avoir une fille. »

Le silence revint dans la petite chambre, empli de joie et d’urgence. Kail s’alarma néanmoins de voir la jeune femme entreprendre de se lever.

« Vous avez dit : tout de suite ! » contra-t-elle, malicieuse. « Je ne veux pas vous laisser le temps de changer d’avis ! »

 

 

 

 

 


Extrait 10 : le 30/09/12

 

Où (pour celles qui ont suivi mes déboires sur mon FB) Béryl se bat contre le dragon (et où j'apprends à employer le bon vocabulaire... sans trop me mouiller)

 

Il para de son bouclier de Flux le jet de flammes qui s’abattit sur eux. La créature plongea à la suite du geyser igné et le jeune homme laissa l’énergie couler et crépiter le long de son épée. Il frappa de taille, avec l’impression de s’acharner sur de la pierre. L’onde de choc remonta le long de son bras, jusque dans sa mâchoire mais il serra les dents. Celles du monstre passèrent à ras de ses yeux et il sentit l’haleine soufrée de la bête sur son visage. Une nouvelle fournaise s’échappa de la gueule ouverte.

Où Béryl subit une expérience hum... mystique ? ^^

 

Presque par réflexe, il laissa son autre vision prendre le dessus juste avant de croiser le regard du dragon.

 Le jeune homme se tourna vers la seule autre présence qui se tenait avec lui dans ce lieu de désolation. Une femme, aux allures de reine, vêtue d’une robe blanche pourtant toute simple. Béryl faillit se mettre à pleurer en contemplant ses traits magnifiques et doux où brillaient les yeux bleus les plus lumineux qu’il eut jamais vus.

 

Où ça devient glauque

 

Elle se contenta de lui renvoyer son regard sans lui répondre. Horrifié, il vit une rouille se répandre des liens et se déverser sur la captive, jusqu’à la recouvrir presque entièrement. Bientôt, il ne resta plus que ses yeux, lumineux, perçant.

 Où Béryl gagne mais où j'ai eu un mal de chien à ne pas écrire "Va comme le vent, Pile-Poil !"  :wamp:

 

« Allons-y, Forteresse, » dit-il simplement.

En réponse, elle tendit le cou vers leur cible et s’avança d’un pas implacable. Son train s’accéléra et, bien vite, elle se lança en plein galop. Béryl se maintenait d’une seule main, l’épée en avant, prolongement de son bras. Ses frères d’armes s’écartèrent de concert, ne laissant plus que lui et le Dragon. La lame, Flux et acier mélangés, plongea dans le cou découvert, le sectionnant presque. Se coinça dans une vertèbre, si bien que le jeune homme fut emporté dans la chute de la bête. Elle ne se débattit pas, morte sur le coup, et il put se relever sans crainte avec l’impression d’une victoire bâclée, trop facile.

 

Où on peut dire  "Ah ben merde alors !"

 

Tandis que Jade terminait de couper la tête du Dragon, il se tourna vers la plaine et sentit son cœur rater un battement. Là, les ombres avançaient sur la Viveterre, la recouvrant de Malombre bien plus vite qu’elles ne l’avaient jamais fait.

À moins de prendre en compte les Jours Sanglants.

 

Où Amielle se fait bousculer

Bruns de cheveux et traits ouverts, les deux garçons se ressemblaient tant qu’ils devaient être frères. Le plus grand tira les mèches immaculées d’une fillette pour prendre sa place.

« Eh ! Arrête ! » protesta Amielle en transperçant le malotrus du regard.

Il se contenta de lui adresser une grimace, agrémentée d’une langue tirée. La petite afficha une mine un peu perdue, ne sachant trop si elle devait se fâcher ou battre en retraite. À ses côtés, une fillette aux courts cheveux blonds se pencha en avant et pinça le nez de l’impudent qu’elle tordit énergiquement, lui arrachant un couinement indigné.

 

Où l'on retrouve Atten, le page :

 

Le comte venait lui aussi observer les réfugiés en approche. Guerald d’Assom l’accompagnait, les mains croisées dans le dos, l’air bonhomme et un jeune page derrière lui.

(...)

« Je ne comprends pas. Nous aurions pu observer tout cela depuis votre bureau. Pourquoi vous mêler à la populace ? »

(...)« La populace, comme vous dites, est mon peuple et si je ne peux partager avec elle les émotions qui l’animent, je ne suis pas digne de les diriger. »

Un murmure approbateur s’éleva autour d’eux et Atten dut se mordre les joues pour ne pas sourire.

« Se laisser gouverner par des sentiments… Voilà qui est bien imprudent, si vous me permettez cette petite critique. Motivée par l’affection que je vous porte, bien entendu ! »

« Certainement. J’ai parlé de partage. Pas de me laisser diriger par des sensations… »

« Mon cher, je vous reconnais bien là. Mais que comptez-vous faire de toutes ces bouches supplémentaires. »

« FauconRoc est grand. »

« Mais saurez-vous les nourrir ? »

« Proposez-vous qu’Atulay les prenne en charge ? J’ai entendu parler des conditions dans lesquelles ces malheureux vivent, là-bas. Comme si avoir tout perdu ne suffisait pas, il faudrait encore les entasser et les traiter comme des bestiaux ? Ce n’est pas ma vision des choses. »

Le comte se tut brusquement. Sans doute se sentait-il surpris de sa soudaine verve, lui qui se montrait d’habitude si taciturne. Quoi qu’il en fût, l’ambassadeur ne trouva rien à y répondre et, après quelques instants, s’excusa, prétextant une subite migraine avant de se retirer, drapé dans la dignité qui lui restait.

 

Où une nouvelle amitié se noue ?

 

« Ben… C’est qu’j’ai encore jamais vu de noblette se mêler aux gens. Ça t’arrive souvent, vot’ grâce ? »

Il ne semblait pas méchant. Juste curieux. D’habitude, les garçons qu’elle côtoyait se montraient le plus souvent insultants dans le but de la blesser… Mais il y avait Atten, son confident, et Gabriel, si gentil.

« Tu peux m’appeler Amielle. Et non, ça ne m’arrive pas souvent. »

Elle hésita avant de relever le menton.

« Mais ça ne me fait pas peur ! »

Il éclata de rire.

« Tant mieux ! J’aime pas les peureuses ! J’suis Gregor et mon p’tit frère s’appelle Derog.

 


 

 

Extrait 9 : le 17/09/12

 

Où l'on s'amuse un peu...

 

 

Eydric fit irruption dans le jardin avec une mine de bête traquée. Il s’approcha au trot et tomba à genoux devant Nywen, les mains jointes en une supplique.

« Par pitié ! Aidez-moi ! Elle est derrière moi ! »

Amielle retrouva de suite sa bonne humeur et se pencha en avant, ravie à l’idée d’asticoter son grand-frère.

« Le destin s’est mis en marche ! » souffla-t-elle joyeusement en tendant le doigt vers un point derrière lui.

Une jeune fille venait de pénétrer à sa suite. Vêtue à la dernière mode d’Atulay, un corset lui compressait la taille, remontant sa poitrine à un tel point que ses seins menaçaient d’en jaillir. Acculé, le jeune homme articula silencieusement ‘pitié !’ à l’attention de ses interlocuteurs. La fillette sourit joyeusement, une idée derrière la tête.

« Tu me sers d’alibi pendant un mois ! » chuchota-t-elle.

« Un mois ? » s’indigna le jeune homme sur le même ton.

La fille se rapprochait d’un pas décidé, ayant manifestement réussi à vaincre la répulsion que lui inspirait l’endroit.

« Si tu veux t’en débarrasser, c’est à prendre ou à laisser ! »

Un regard par-dessus son épaule suffit à le décider.

« D’accord ! »

Amielle sauta du banc d’où elle se trouvait dissimulée, avec le Sylphe, par une branche luxuriante.

« Liunay ! » s’exclama-t-elle. « Je suis ravie de voir que mon frère a réussi à vous convaincre de venir admirer les merveilles du Jardin de la Dame ! »

L’Atulayne esquissa un geste de recul à sa vue. Avant, la fillette se serait sentie blessée devant cette réaction de rejet. À vrai dire, son cœur se serra bien un peu mais elle maintint son sourire en place.

« Je vous en prie ! Approchez ! Nous voudrions vous présenter un ami cher à notre cœur. »

Elle lui saisit la main et l’entraîna à sa suite. La nièce de l’ambassadeur ne pouvait manifester le dégoût qu’elle éprouvait à son égard, à moins de vouloir offenser le comte, son père. Et la nation Atulayne avait trop besoin du soutien de Valfermé et de ses Tueurs de Dragons pour risquer un incident diplomatique. Les leçons de Vorgay avaient eu au moins cela de bon que de lui enseigner certaines réalités qui pouvaient se montrer bien utiles. Liunay la suivit donc, de mauvaise grâce, certes, mais sans se dégager. Ses beaux yeux verts s’écarquillèrent en apercevant le Sylphe et elle se mit à bredouiller.

« Nywen est mon professeur et il nous apprend pleins de choses. »

La Dryade choisit cet instant pour émerger d’un fourré et grimper sur l’épaule de la petite. C’en fut trop pour la jeune femme qui poussa un cri suraigu, récupéra sa main d’un geste sec et s’enfuit en hurlant.

« Et voilà ! »

Eydric leva un sourcil.

« Père va encore me passer un savon et je vais devoir m’excuser… »

Mais un rire pointait sous son ton grognon. Amielle lui adressa un regard en tous points innocent.

« Pourquoi ? Elle t’a suivi jusqu’ici et elle a pris peur en rencontrant nos amis, tout simplement. »

« Mouais… Présenté comme ça. »

Nywen n’émit aucun commentaire comme frère et sœur éclataient de rire. Il soupçonnait la fillette d’avoir appelé la Dryade en renfort. La petite créature pépia son innocence à son attention. Elle devait avoir trop fréquenté les humains, ceux-ci semblaient décidément exercer une mauvaise influence sur elle.

 

 


Extrait 8 : le 15/09/12

 

Où on dit : Oups !

 

Après l’alerte – trois jours auparavant, déjà –, le comte les avait convoqués pour clarifier la situation. Des mages avaient contacté les guetteurs affectés aux Marches de la Viveterre. Sur une quinzaine, seuls quatre avaient répondu. Leur cri d’alarme avait probablement été, pour une bonne partie d’entre eux, le dernier.

 

 

On the road again :

 

Morose, il sentit Forteresse s’ébouer sous lui et il revint à la réalité. Sur la route, des silhouettes misérables avançaient en titubant. Des hommes, des femmes. Peu d’enfants. Pas de bagages, ni de vieillards. Béryl sentit un frisson glacial lui remonter la colonne vertébrale. Il devinait qu’ils avaient été abandonnés derrière. Les Tueurs de Dragons se rangèrent sur le côté pour laisser passer les malheureux qui, perdus dans leurs cauchemars éveillés, ne leur accordèrent aucun regard. Tous ne semblaient tendre que dans un seul but : mettre le plus de distance entre eux et l’endroit d’où ils venaient. Le jeune homme avaient trop vu pareilles expressions onze ans plus tôt.

Où l'on n'est pas content :

 

« Où étiez-vous ? »

L’homme, qui venait de l’apostropher, sortit de la foule pour venir se planter devant lui. Il s’agissait d’un solide gaillard, aux épaules de forgeron. Il tenait dans ses bras deux fillettes épuisées, une jeune fille le suivait en soutenant une femme dont le visage brûlé paraissait exsangue malgré les plaques d’un rouge vif qui le recouvrait.

« J’ai perdu deux de mes filles, ma famille est condamnée à partir sur les routes sans aucun abri où se réfugier. Mon village a été détruit. Vous, vous étiez où quand le Dragon nous a attaqué ? »

 

Où Béryl reste égal à lui-même

Béryl était resté muet durant tout l’échange. Il ne fit pas plus de commentaires lorsqu’ils reprirent leur route. Tout recommençait à nouveau…

Mais cette fois, il n'était plus un petit garçon sans défense.

Où Nywen est... perplexe

 

L’homme sursauta et s’agrippa à son poignet.

« Je vous en prie ! Je vous en prie ! Faites-les taire ! »

Lorien qui s’était approché sur la pointe des pieds ne put s’empêcher de donner voix à sa surprise.

« Mais de quoi parle-t-il ? » chuchota-t-il.

« Dites-leur d’arrêter ! Par pitié ! »

« Qu’entendez-vous ? » lui souffla doucement la belle créature.

« Le Chant… Je l’entends chanter au rythme des tambours ! Pitié ! »

Nywen recula comme s’il l’avait frappé. Lui aussi, il l’entendait ? Avec Amielle et, peut-être, certains Lalakés, il pensait être le seul à pouvoir les percevoir. Si le phénomène avait cessé lorsque la Cosse-Vide avait été éliminée, cela n’avait été que pour mieux reprendre trois jours plus tôt. Amielle était terrifiée et le Sylphe n’était pas loin de ressentir la même chose.

 

 

Extrait 7 : le 21/08/12

 

Où la situation de la Viveterre empire encore...

 

Une vue imprenable sur la forêt et la plaine qui se déroulait au-delà s’étendait en-dessous d’eux. Une fumée noire s’élevait au loin, surmontant des flammes qui s’élevaient furieusement. Probablement d’un village comme l’indiquaient les petites silhouettes qui étaient parvenues à s’en échapper et qui fuyaient désespérément en direction de la forêt. Mais ce qui attirait le regard de Dogmaé, c’était la masse sombre de la Morteterre, beaucoup plus proche qu’elle ne l’aurait dû. Incrédule, il cligna des yeux et se passa la main sur le visage. Lorsqu’il ramena son attention sur le paysage en contrebas, il sentit son cœur se serrer. Il n’avait pas halluciné, non.

Les Terres Maudites s’avançaient sur la Viveterre en une vague visible qui avalait mètres sur mètres.

Un rugissement l’arracha à sa stupeur. Du brasier, une forme noire se détacha et fondit vers le ciel avant de déployer ses ailes de noirceur et de hurler si fort que les témoins durent se boucher les oreilles. Puis, elle plongea en piqué, crachant feu et flammes sur les malheureux rescapés qui tentaient de s’enfuir. L’odeur de viande grillée s’accentua, ce qui fit l’effet d’une gifle à Dogmaé. Il saisit Moineau par l’épaule et le secoua. Le gamin se reprit vite et prit une inspiration tremblante.

« Un Dragon ! » murmura-t-il d’une voix évanescente.

Le ménestrel était bien d’accord avec lui, il n’y avait plus eu d’attaques de ces montres depuis les Jours Sanglants mais guetteur ne s’y attarda pas. La créature s’était tournée dans leur direction et ils se trouvaient dans son champ de vision, bien en évidence au sommet du promontoire. Il saisit le bras de son jeune compagnon et le poussa vers le bord du rocher. Le gamin se reprit et se laissa glisser jusqu’à Gracieuse qui piétinait là où ils l’avaient laissée. Tout autre cheval se serait échappé en entendant le terrible cri mais pas elle. Moineau n’attendit pas qu’il le hisse en croupe pour sauter derrière lui.

« Vas-y ma belle ! » cria le guetteur en bondissant en selle. « Cours ! Cours le plus vite que tu le peux ! »

Des battements d’ailes retentissaient, le monstre se rapprochait.

La jument n’attendit pas qu’il la presse des talons pour s’élancer. Elle volait par-dessus les cailloux traitres, là où n’importe quelle monture aurait chuté. L’enfant se cramponnait à sa taille avec l’énergie du désespoir. Un nouveau rugissement retentit, suivi d’une chaleur intense qui leur sembla rapidement insupportable. Mais Gracieuse aux pieds ailés les porta hors de portée du feu qui ravageait, désormais, la Forêt de Morek. Elle filait entre les arbres, silhouette fantomatique qui avalait la distance sans sembler fournir de véritable effort. Dogmaé sentit le vent battre son visage. Ils venaient de sortir des bois rougeoyant et filaient dans plaine. Le jeune homme risqua un coup d’œil par-dessus son épaule. Le Dragon s’était élevé au-dessus de la forêt qu’il inondait de flammes, attisées par le battement de ses ailes. Puis, il renversa la tête en arrière et rugit avant de disparaître derrière la masse embrasée qui avait été l’un des plus grands repaires de bandits de l’Occitanie.

     

 

 

 

 

Extrait 6 : le 28/06/12 - Chapitre 5 :

 

Où l'on se déclare et où l'on se décide :

 

 

« C'est plus fort que moi, je tremble dès que je pense à ce que j'ai vu et entendu. Et si je ne supportais pas les injections, hein ? Je ne veux pas sentir ma peau couler, ni que mes bras ou mes jambes tombent tous seuls ! C'est trop dur ! Je ne peux pas ! »

Lili se pencha en avant. Il voulait abandonner ?

« Mais... je ne peux pas laisser tomber. »

« Mais pourquoi, enfin ? » s'exclama la jeune fille plus fort qu'elle ne l'aurait voulu. « Personne ne t'oblige à choisir cette voie ! Même de grands guerriers ont abandonné alors pourquoi tu ne pourrais pas ? »

Elle se mordit les lèvres comme il la regardait, abasourdi par son éclat. Elle n'avait pas voulu crier de la sorte mais l'agacement l'avait emporté.

« Parce que je veux te protéger, » murmura-t-il.

Le cœur de Lili s'arrêta de battre.

« Toi et tout ceux que j'aime. Tous ces gens là-dehors qui ont une famille, qui ont des rêves. Je ne veux pas qu'ils soient balayés par la Malombre. Je ne veux plus que tu souffres. »

Elle voulait crier, tempêter. Lui remettre les idée en place. Elle garda lèvres closes alors qu'il continuait.

« Quand j'ai été blessé, j'ai été incapable de protéger Atten. Je ne veux plus revivre ça ! Je ne veux plus perdre ceux que j'aime. »

Juste quelques mots à prononcer.

« Mais en même temps, je me sens... paralysé. J'ai tellement peur que ça me mange à l'intérieur, que ça me dégoûte ! Tu mérites mieux qu'un trouillard comme moi ! »

« Je t'interdis de sortir des bêtises pareilles. Qui es-tu pour me dire qui je dois aimer ? »

Elle planta les poings sur ses hanches.

« Oui, gros bêta ! C'est de toi dont je parle ! »

Il laissa un sourire hésitant fleurir sur ses lèvres.

« C'est vrai ? Tu m'aimes ? » demanda-t-il d'une voix émerveillée de petit garçon.

« Et... Et toi ? »

Lili sentait le sang bourdonner dans ses tempes dans l'attente de la réponse. Et si jamais il ne répondait pas ? Et si elle s'était déclarée trop tôt. Pourquoi arborait-il cette mine pensive ? Il n'y avait pas à réfléchir. Juste à répondre oui ou non !

« C'est la première fois que je ressens des sentiments comme ça pour une fille, » avoua-t-il. « D'habitude, je suis mal à l'aise mais avec toi c'est différent. Je me sens à la fois bien et terriblement nerveux quand tu es là. J'ai les mains moites et l'estomac qui ne tient plus en place. Quand tu n'es pas là, tu me manques... Je crois bien que je t'aime aussi. »

La belle respira à nouveau, les yeux brouillés de larmes contenues. C'était la plus belle déclaration qu'elle ait jamais entendue de sa courte vie ! À court de mots, les jeunes gens échangèrent un long baiser dont ils ressortirent les joues roses et le souffle court.

« Et... Et donc ? »

Lili se serait bien giflée de remettre son ami sur les rails de leur conversation mais elle devait savoir !

« Je ne sais pas. Je veux pouvoir être capable de te protéger si jamais on rencontre un autre monstre mais je veux un avenir où tu pourras me regarder sans dégoût ! Qu'est-ce que je dois faire ? »

Elle n'avait que quelques mots à dire et il abandonnerait. Juste ceux qu'il fallait pour toucher juste et le convaincre de se lier à elle. Elle les connaissait, elle n'avait plus qu'à les prononcer, l'encourager à abandonner ce projet insensé. Il avait peur, elle pouvait lui offrir une échappatoire honorable...

« C'est un choix que tu dois faire seul, Gabriel. Moi, je t'aime mais je ne veux pas prendre les décisions qui n'appartiennent qu'à toi. »

Elle avait perdu. Elle le savait pourtant depuis le début. Si elle l’influençait maintenant, si elle l'empêchait d'accomplir ce pour quoi il était venu à FauconRoc... Il lui en voudrait plus tard et cela empoisonnerait leurs vies.

« Tu es merveilleuse. »

Les mains de Gabriel se refermèrent sur ses épaules et il l'attira contre lui. Elle le serra de toutes ses forces mais il finit par se dégager en douceur.

« Il faut que j'y aille ! Si je suis en retard, Jongh me taillera les oreilles en pointe. »

La peur le hantait toujours mais la résolution du jeune homme l'avait supplantée. Et l'espoir de la jeune filles de le voir se décider à vivre une vie paisible à ses côtés réduits à néant.

« Lili, tu n'es qu'une idiote ! » maugréa-t-elle en le contemplant s'éloigner en courant.

 


Extrait 5 : le 23/05/12 - Chapitre 4

 

 

« Vous ne devinerez, jamais ! » lança Lame en s’asseyant en face d’eux et en piochant dans les plats, sans aucune gêne.

Tiré de ses réflexions, Gabriel revint sur terre avec un sursaut.

« Quoi donc ? » demanda-t-il.

Il n’avait pas vraiment écouté le garçon mais, manifestement, sa question sembla lui convenir.

« Ça y est ! La formation va vraiment commencer ! »

« Parce que ce n’était pas déjà le cas ? » grinça Domas, quelques chaises plus loin.

« Bien sûr que non, gros béta ! Là, ils essayaient juste de voir qui allait se dégonfler. »

Un éclat de rire nerveux ponctua cette saillie. Corneille hocha la tête d’un air entendu.

« Ou plutôt qui parmi nous serait assez fou pour rester ! »

Les filles esquissèrent un léger sourire tandis que Loren mangeait imperturbable.

« Et donc ? » insista le rouquin, refusant de se laisser distraire.

« Le vieux Lors va nous rassembler pour nous annoncer qu’à partir de maintenant : fini de rire ! Il va nous jeter en pâture aux mages… »

Lame avait recroquevillé ses doigts pour mimer des serres. Décidément, il avait de fameux préjugés contre ces derniers. À une autre tablée, des jeunes gens s’étaient tournés dans leur direction.

« Écoute-les donc ! » railla un jeune homme qui arborait un bouc soigneusement taillé. « Ça n’a pas encore de poils et ça se croit très malin. »

« T’inquiète ! C’est qu’un morveux, » en rajouta une couche un de ses compagnons. « Il fait encore au lit, le vieux Lors va vite l’éjecter. C’est déjà étonnant qu’il l’ait toléré jusqu’ici. À la rue, les merdeux ! »

Le benjamin des aspirants se redressa vivement et leva son majeur bien en évidence.

« Quoi ? J’t’entends pas bien, niquedouille ! Enlève la merde que t’as dans la bouche avant de parler ! »

Gabriel en resta bouche bée, son morceau de pain en suspension devant ses lèvres. Il s’était senti ulcéré devant les propos de leurs aînés mais entendre ces paroles ordurières dans la bouche de son cadet le choqua. Lame les avait habitués à faire montre d’un caractère aimable et enjoué. Il en avait oublié qu’il ne le connaissait quasiment pas. Les deux hommes s’étaient levés, repoussant brutalement leurs chaises.  Le garçon se surprit à faire de même, tout comme Peine, Corneille et – ô surprise ! – Domas. Sans un mot, ils se rangèrent autour de leur cadet, présentant un front uni.

« Calmez-vous ! » intervint soudain Loren sans se détourner de son petit-déjeuner. « Les rixes entre aspirants ne sont pas admises. »

Il tourna la tête vers les jeunes gens qui s’apprêtaient à se rebiffer.

« Vous tenez vraiment à ce que le comte vous chasse ? »

Les esprits se refroidirent aussitôt. Ils étaient tous des chiens abandonnés, acceptés dans une nouvelle famille. Aucun d’entre eux ne tenait à perdre ce qu’ils avaient trouvé ici.

« Fais gaffe à ce que tu dis ! » insista quand même le premier gaillard en désignant Lame. « Sans les mages, il n’y aurait pas de Tueurs de Dragons. »

Il n’insista pas davantage et retourna s’asseoir. Il n’avait pas besoin d’en dire plus. Sans la caste des chevaliers, il n’y aurait tout simplement plus de Viveterre et aucun d’entre eux ne se trouveraient là…

 


extrait 4 : le 01/02/12 : chapitre 3

 

Où Godric se dit qu'il aime bien Aelis

 

Il se contenta de hausser les épaules. Même si elle était un peu abrupte, elle avait un cœur d’or et il ne s’offusquait plus de ses paroles directes. Au début, un festival d’œillades noires, de grimaces, de jeux de sourcils et de langues tirées avaient parsemé leurs disputes. Puis, il avait commencé à comprendre comment fonctionnait la petite et il avait eu de moins en moins l’impression d’être un animal familier qu’elle baladait à sa suite. Maintenant, elle était véritablement une amie et, tous les jours, il s’étonnait d’apprécier à ce point une fille. Elle ne ressemblait à aucune de celles qui avaient peuplé son village. Elle était directe, généreuse et n’avait pas sa langue dans sa poche. A vrai dire, il aimait beaucoup se trouver en sa compagnie, même si elle n’était pas un garçon – quoique, parfois, il aurait pu s’y tromper…

 

 

Où Aelis emmène Godric en randonnée dans dans la montagne

 

Ils partirent en courant avant de ralentir comme le sentier devenait plus escarpé. Finalement, ce fut en s’aidant des mains, qu’ils parvinrent au sommet d’un plateau où fleurissaient des myriades de fleurs d’un bleu délicat.

« Ce sont des Espoirs. Elles fleurissent à la fin de l’été et ne restent ouvertes que quelques jours. On a de la chance de les avoir vues, » expliqua la fillette.

 

 

 

Où une différence culturelle fait remonter des souvenirs chez Godric

 

Lui ne connaissait que la Mère, la déesse des humains, celle qu’il avait toujours prié. Les septons prêchaient au nom de cette dernière, des ses trois Vertus et de ses quatre Sagesses. C’était pour ça que ses prêtres s’appelaient ainsi car le chiffre sept était sacré. Il n’était pas très attentif lors des sermons et lors des leçons dispensées par ces derniers. Sa maman disait toujours sur un ton de mépris que ces derniers feraient bien mieux à apprendre à leurs ouailles à lire et à écrire plutôt que de leur remplir le crâne de sottises. Bien sûr, elle ne disait cela que lorsqu’elle était certaine que cela ne tomberait pas dans de mauvaises oreilles mais elle y mettait tant de conviction que le garçon se demanda si les Adeptes du Sang avaient leurs propres croyances. Un souvenir remonta à la surface et il ne put s’empêcher de sourire en se rappelant son père. Après chacune des tirades de sa cachotière d’épouse, il l’enlaçait tendrement jusqu’à ce que sa colère s’évapore.

« Moi, je ne sais ni lire ni écrire. Et je ne suis pas très malin. Tu m’aimes quand même ? » lui demandait-il alors.

Elle éclatait à chaque fois de rire et lui caressait la joue avec amour.

« Bien sûr que oui, mon gros béta d’amoureux ! »

Tout le monde au village était d’accord pour affirmer que Bondrian était un paresseux pas très intelligent. Godric, lui, se moquait bien de savoir que son père n’était pas le plus futé des hommes. Il était doux, gentil. Il aimait sa famille plus que tout au monde et, surtout, lui n’avait jamais levé la main sur sa femme ou sur ses enfants. Tout le monde ne pouvait pas en dire autant. En ce qui concernait son fils et ses filles, ses qualités effaçaient largement ses défauts.

 

 

Où j'ai trop regardé la petite maison dans la Prairie

 

De part et d’autre du sentier encombré, des parois vertigineuses s’élevaient, leur sommet semblant se rapprocher. L’impression angoissante qu’elles se refermaient lentement sur lui ne quitta pas le garçon jusqu’à ce qu’ils sortent du défilé. Il inspira un grand coup soulagé avant de regarder autour de lui. Ils se trouvaient au-dessus d’une pente verdoyante qui descendait vers un petit ruisseau qui glougloutait tranquillement, encadré de buissons touffus et de fleurs aux couleurs chatoyantes. Des papillons voletaient joyeusement de l’une à l’autre et quelques oiseaux chantaient. Le garçon se retourna pour vérifier que le sinistre défilé était toujours là avant de revenir au paysage féérique qui s’étendait devant lui. Aelis ne l’avait pas attendu et dévalait déjà la pente, les bras grands écartés.

 

 

 

Où Godric retrouve sa voix et en profite pour entamer une dispute

 

Elle sursauta soudain et leva la tête, les yeux écarquillés, tout à coup très pâle. Au sommet de la falaise, une forme bougeait. Horrifié, Godric la fixa, incapable de bouger, de respirer. Il se retrouvait projeté des mois auparavant, rejouait le dramatique cauchemar vécu en Morteterre. Lorsqu’une aile se tendit brusquement, un déclic se fit en lui et il se jeta en avant.

« Un dragon ! » hurla-t-il si fort que sa voix s’érailla.

Il saisit son amie par la taille et roula derrière elle derrière un rocher. Tapis dans un abri précaire, il regretta d’avoir ainsi crié. Si le monstre ne les avait pas encore repéré, grâce à lui c’était maintenant chose faite. Mais c’était sorti de ses tripes comme la barrière qui emprisonnait sa voix volait en éclat.

« Tu sais parler ! » souffla la fillette qui se redressa sur ses coudes en arborant une mine accusatrice.

« Bien sûr que oui, » répliqua-t-il sur le même ton. « Sauf qu’avant je n’y arrivais plus. »

« Tu es vraiment bizarre ! »

Il roula des yeux. Décidément, Aelis avait besoin de revoir ses priorités. Un dragon les menaçait et, elle, elle s’inquiétait de savoir s’il était doué de parole !

« Chut ! » siffla-t-il impérieusement.

« Dis donc ! D’où tu me dis ‘chut’, toi ? » s’insurgea-t-elle. « Je préférais quand tu étais muet, tu était plus aimable ! »

« Mais tu vas te taire ? Il y a un monstre, juste là ! » s’exclama-t-il excédé avant de baisser précipitamment le ton. « Tu vas nous faire repérer ! »

« Oooh ! Ça ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Où un certain solitaire apparait soudain

 

Elle poussa soudain un cri comme une main la tirait par le poignet.

« Ta mère te cherche partout ! »

« N… Nurrel ? Mais… Qu’est-ce que tu fais là ? »

« Je suis rentré plus tôt que prévu cette fois et Assandra m’a jeté dehors pour aller chercher une gamine désobéissante. »

« Mais… Je lui ai dit que je partirais toute la journée pour une randonnée. »

L’homme la reposa par terre et roula des yeux tandis que Godric, qui s’apprêtait à voler au secours de son amie, s’immobilisait méfiant et les yeux braqués sur sur la main qui tenait toujours son amie.

« La nuit est presque entièrement tombée, tu dois bien te douter qu’elle allait s’inquiéter. »

Il se tourna vers le garçon et le dévisagea longuement avant de le détailler de haut en bas. Vêtu de vêtements sombres, il possédait les traits coupant, caractéristiques de la race des Vouivres. Ses cheveux châtains pendaient sur ses épaules et une barbe de quelques jours lui mangeait les joues. Il ne ressemblait pas aux autres mâles qui vivaient dans la cité cavernicole, effacés et presque soumis. Il respirait l’assurance et la puissance, comme un fauve aux aguets.

« Tu as meilleure mine, » constata-t-il platement. « Je suis content, ç’aurait été dommage que la Morteterre te tue après que tu t’en sois échappé. »

 

 

Où Aelis s'incruste

 

Il sursauta comme une présence douillette venait se rouler en boule contre lui.

« Eh ! Mais qu’est-ce… »

« C’est moi ! »

Aelis bailla avant de lui donner un coup de coude dans les côtes. Elle profita immédiatement de son mouvement de recul pour prendre la moitié de la place dans le lit.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« Ma chambre est trop grande et j’ai peur du noir ! »

Disait celle qui ne craignait pas de s’aventurer dans les endroits les plus effrayants de la montagne ! Godric roula des yeux et lui fit de la place, vaincu comme tous les soirs. Mais au moins, celui-ci il avait obtenu une explication.

« Dis… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu menti à ta mère ? Tu sais, pour ma voix… »

« Elle nous aurait vraiment grondé si elle savait qu’on s’est aventuré près de la frontière. »

« Je pensais que c’était sans danger… »

« Ben, d’habitude on ne risque rien mais il y a parfois des accidents. »

Le garçon se redressa sur ses coudes. Il ne savait pas trop s’il devait se sentir outré ou amusé par son amie.

« Merci de m’en parler maintenant ! »

Aelis bailla une nouvelle fois.

« Tu ne m’avais rien demandé… Aïe ! Tu m’as tiré les cheveux. »

« Tu es sûre ? Moi, je n’ai rien senti. »

 

 

 


Extrait 3 : le 27/01/12 : chapitre 2 toujours

 

où Godric débouche dans des champs et des patures souterrains

 

Ils débouchèrent alors dans une salle immense. Des colonnes calcaires se dressaient ça et là, semblant vouloir soutenir la voûte où dansaient des volutes aux lumières chatoyantes qui donnaient l'impression de se trouver en plein air. En plein soleil…

(...)

« Ben quoi ? » s’étonna la fillette. « Tu n’as jamais vu des fermiers, là d’où tu viens ? »

(...)

« On n’a pas la place pour cultiver à la surface. En montagne, ce n’est pas facile et, puis, on doit rester discret. En plus, on est coincé. D’un côté, il y a la Moteterre et de l’autre… »

(...)

« Ben… vous autres, les humains ! Du coup, on a dû adapter notre magie et demander à la Déesse de nous aider. »

 

où Aelis parle de son papa.

 

« C’est vrai que c’est inhabituel mais j’habite avec ma maman, » fit Aelys sur un ton d’excuse. « Du coup, comme je ne vois pas mon papa tous les jours, je ne sais pas toujours quand il part. C’est bête, j’aurais vraiment voulu te le présenter, il est trop gentil ! Maman dit toujours que c’est son préféré… »

 

où Godric découvre que, muet, ce n'est pas toujours évident de se faire comprendre du premier coup

 

Pourquoi les Vouivres n’utilisaient-elles pas le même moyen que dans la salle des cultures ? Ici, tout sentait la fumée… Intrigué, il tira son amie par la manche et désigna les flammes tremblotantes. La petite le regarda un long moment, les sourcils haussés.

« Ben… Ce sont des torches… On s’en sert pour s’éclairer. Tu n’as pas les mêmes chez toi ? »

 

où un repas en famille se profile

 

Cette dernière considéra d’un œil critique les plats disposés sur un plateau.

« Dis… C’est toi qui a cuisiné ? » demanda-t-elle sur un ton fruité.

Surpris par la méfiance qu’il entendait dans sa voix, le garçon lui donna un coup de coude auquel elle rétorqua un ‘Sssht !’ impérieux.

« Ne dis donc pas de bêtises ! J’ai retenu la leçon de la dernière fois ! »

La petite ricana en sautillant sur ses fesses.

« On a tous été malades une semaine entière ! » souffla-t-elle à son nouvel ami.

« Aelis ! Si tu te rendais utile ? »

La petite baissa le nez avec humilité.

« Oui, maman, » fit-elle doucement avant de cligner de l’œil et de tordre sa bouche en une grimace moqueuse.

Néanmoins, elle ne poussa pas la rébellion plus loin et rejoignit vivement sa mère qui farfouillait dans une armoire.

 

où la pyjama party dégénère...

 

Godric s’y installa naturellement avant de glapir comme un oreiller le frappait sur le nez.

« Hey ! C’est ma place ! » cria Aelis en lui sautant sur le dos.

Ils roulèrent à terre en un combat pour rire. Elle était drôlement forte malgré sa petite, en tout cas, constata le garçon vaguement étonné. Leurs chamailleries finirent en une féroce bataille de polochons dont ils sortirent essoufflés et secoués par un fou rire irrépressible. Il finit par lever la main en signe de défaite et se laissa tomber sur le dos, bientôt rejoint par la guerrière miniature qui bailla en s’étirant comme un chaton.

« Je t’aime bien, » lui murmura-t-elle. « Je suis contente que tu sois mon ami ! »

Ils s’endormirent roulés en boule comme des chatons au creux de leur nid improvisé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Extrait 2: le 23/01/12 : chapitre 2

 

Où Godric découvre le village des Vouivres en compagnie de la petite Aelys:

 

 

En bas, les enfants se mêlèrent à la foule se faufilant entre les adultes. Les femmes portaient pour la plupart des armes. Ce seul fait était source d’étonnement pour le garçon. Des femmes avec des épées, des arbalètes… Cela allait à l’encontre de tout ce que sa société lui avait toujours inculqué. A la limite, les femmes qui devenaient Tueurs de Dragons étaient tolérées – et encore, elles étaient rares… Godric se demanda quelle aurait été la réaction du doyen du village –strict et conservateur – s’il avait pénétré dans l’antre des Vouivres. Quant à lui, malgré la bizarrerie de la situation, il ne pouvait pas s’empêcher de leur trouver fière allure. La plupart des échoppes étaient tenues par des hommes et c’étaient également dans les jambes de ces derniers que couraient des ribambelles de bambins en bas-âge… Il y en avait même qui balayaient ou qui portaient des mannes de linges. Le garçon chercha un instant quel mot pouvait exprimer ce qu’il ressentait. Contre-nature. Aberrant ! Les rôles qui lui semblaient pourtant naturels dans son monde d’humain paraissaient ici s’inverser complètement.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Aelis comme il prenait une mine atterrée. « Tu ne te sens pas bien ? Tu veux qu’on rentre ? »

Il secoua la tête. Il était bien trop curieux pour vouloir se reposer !

« Sûr, sûr ? Tu promets de ne pas tourner de l'oeil, hein ? »

 

 


Extrait 1 : le 21/01/12 : chapitre 2

 

Premier réveil chez les Vouivres

 

La femme qui se tenait penchée sur lui possédait une beauté étrange avec ses traits qui avaient la clarté du diamant et son tranchant. Elle murmura quelques mots en lui caressant la joue. Sa voix était douce, un peu rauque avec les mêmes accents chuintant qu'il avait entendu dans la bouche de son sauveur. Elle se redressa et l'enfant sentit l'air s'échapper brusquement de ses poumons. Elle n'était pas humaine ! Incrédule, il la contempla, bouche bée. Une Vouivre ! Une vraie, comme dans les légendes contées lors des veillées au village, rien à voir avec ces caricatures de la Morteterre. Le haut de son corps était celui d’une humaine, le bas, celui d’un serpent. Les écailles formaient un motif compliqué, dans les tons vert de gris, masqués en partie par la tunique moirée qui épousait son galbe avec une élégance racée. Elle lui adressa à nouveau la parole mais il secoua la tête en signe d’incompréhension. Un petit sourire apparu alors sur ses lèvres fines et elle lui tendit un petit objet qu’il saisit machinalement. Il s’agissait simplement d’un cercle de bois tout simple. L’inconnue lui prit alors l’autre main, avec une délicatesse qui lui donna l’impression qu’elle cherchait à apaiser un petit animal rétif. Puis, sans prévenir, il sentit une brève douleur dans le doigt. Les ongles de l’inconnue étaient drôlement acérés ! Elle lui avait percé la peau aussi facilement qu’avec une épingle. Une goutte de sang perla sur sa peau avant de rouler et de tomber sur le cadeau qu’elle lui avait donné. Aussitôt, elle souffla sur la blessure et murmura doucement.

« … et laisse-nous accueillir cet enfant parmi nous. »

Elle sourit soudain.

« Je pense que ça a marché. Tu comprends ce que je dis ? »

 

Deuxième réveil, toujours chez les Vouivre ^^ pendant que deux commères parlent de lui comme s'il n'était pas là...

 

« Oh allez ! C’est un enfant des hommes ! Il ne peut que nous apporter des ennuis… »

Un léger toussotement s’éleva soudain.

« Moi, j’en connais deux qui vont en avoir des ennuis si je rapporte ce que j’ai entendu à ma maman ! »

Incapable de réfréner sa curiosité, Godric se redressa sur les coudes, arrachant un hoquet de surprise à la deuxième femme qui s’écarta de lui comme s’il sentait mauvais. Une fillette – plus ou moins du même âge que la plus âgée de ses petites sœurs – se tenait adossée au montant de la porte entrouverte. Elle paraissait humaine, elle aussi, vêtue d’une tunique courte et de braies couleur de terre. Ses cheveux coupés aux épaules lui tombaient dans les yeux, lui donnant un petit air rebelle que ne démentait pas son petit sourire en coin. Les commères s’inclinèrent brièvement avant de quitter la chambre d’une allure compassée. La petite les regarda s’éloigner avec satisfaction avant de se tourner vers le garçon.

« Ben dis donc ! Il était temps que tu te réveilles ! » s’exclama-t-elle.

Elle traversa la chambre en courant et sauta sur le lit où elle rebondit, manquant passer par-dessus bord.

« Merci ! » fit-elle en riant comme il lui saisissait le coude pour la stabiliser. « Tu as dormi drôlement longtemps. Tu te sens mieux ? Maman a dit que tu ne devrais pas tarder à revenir parmi nous et elle m’a demandé de venir voir si tu avais besoin de compagnie… »

Elle se fendit d’un sourire où quelques dents de lait manquaient à l’appel.

« Je m’appelle Aelis. Et toi ? »