Le Sauvage
Le dieu qui choisit Siobhan...
« Un démon, oui... C'est l'un des noms que ton espèce me donne. »
Il lit dans mes pensées comme dans un livre ouvert. Je voudrais répondre mais il semblerait que j'aie perdu ma langue.
« Mais c'est très surfait, je t'assure. Je ne mange pas les nouveau-nés et mes attributs sont tout à fait honorables. Ce n'est qu'un nom qui ne m'appartient pas. Une étiquette qui m'a été collée par les fidèles de ce fameux dieu qui n'est jamais qu'un prétentieux à l'ego surdimensionné... »
Il s’interrompt et m’effleure la joue d’une main pâle. Contre ma peau, je sens ses doigts s’attarder un moment. Ses ongles sont acérés comme des griffes mais il ne me blesse pas. Malgré ma peur, je ne peux m’empêcher de m’étonner de la délicatesse dont il fait montre.
« Ils m’appellent ainsi car ils ont peur, » continue-t-il. « Tout comme toi en cet instant, mon enfant. Mais j’étais là bien avant leur Unique, bien avant que les anciens dieux ne désertent ce monde… »
Tandis qu’il termine sa phrase, j’aperçois ses cornes. De longues ramures qui s’élèvent majestueusement. Et je le reconnais. Le Seigneur de la forêt. Du Pays d’Emeraude. Le roi des aulnes... Le Sauvage. Ma mère m’a rapporté les anciens contes, ceux que ses grands-parents lui racontaient lorsqu’elle était enfant. Ceux qu’ils tenaient de leurs ancêtres et qui remontaient à la nuit des temps. Je pensais qu’il ne s’agissait que de légendes.