Erioth

Publié le par Gaëlle K. Kempeneers

Celui qui mène la troupe est un homme aux traits épais. Des bras comme des barriques. Des cicatrices lui lacèrent le menton et ses lèvres semblent ébréchées. Un instant, je me demande ce qui a bien pu lui infliger ça. Puis, comme son regard tombe sur moi, toute curiosité me déserte. Il me déshabille du retard et sourit, étirant horriblement sa bouche mutilée.

 

(...)

 

« Une pucelle ! » se moque-t-il.
Sa voix est un chuintement. Je frissonne, répugnée. La rivière atteint le haut de mes cuisses et le courant menace de me faire perdre l'équilibre. Cinq autres cavaliers se tiennent sur la berge. Leurs visages sont rudes, certains ont aussi des balafres. Et tous sont armés de lourdes épées. Des bruits de sabots, étouffés par la brume, se font entendre. Les renforts arrivent. Je me rappelle les sinistres histoires colportées par les prêtres. La panique me gagne. Mon tourmenteur essaie de m'attraper par le poignet. L'engourdissement provoqué par le froid disparaît, balayé par une vague de chaleur énergique qui me redonne de la vigueur. Je lui échappe, aussi fuyante qu'une anguille.
« Garce ! Viens par là ! » jure-t-il.
Il éclate de rire.
« Et farouche avec ça ! »
Mon cœur tambourine à mes oreilles menaçant de m'assourdir. Je reste hors de portée comme il patauge à ma suite.
« Allez, mon vieux ! On ne va pas y passer la nuit ! »
« Attention ! Tu courses une Dame Blanche ! »
Les quolibets ne semblent pas le vexer et il rit doucement en me traquant. La colère commence à remplacer la peur. N'a-t-il rien d'autre de plus intéressant à faire que de poursuivre une fille égarée et effrayée ? Sa main finit par se refermer sur mon bras. De guerre lasse, devant mes ruades, il me bascule sur son épaule comme un vulgaire sac de graines et me ramène au sec sous les haros de ses compagnons. Il ne se gène pas pour tâter la marchandise. Furieuse, je lui mords le gras de la cuisse. Il me lâche avec un juron atroce. Je me relève d'un bond et tente de m'enfuir. Il me rattrape par le poignet et me saisit par le col. Je ne sais s'il l'a fait exprès mais le tissu de ma tunique se déchire et dévoile ma poitrine. L'air humide caresse mes seins et je vois ses yeux s'éclairer. Je le frappe sans réfléchir. Le pouvoir rugit et l'homme décolle. Il atterrit à plusieurs pas, complètement sonné.

 

(...)

 

« Seigneur ! Un mage sauvage ! » chuinte une voix derrière moi.
Surprise, je n'ai pas le temps de me retourner qu'une cape me tombe sur la tête, m'aveuglant. Lorsque je cesse de me débattre, je constate avec stupeur que je suis toujours libre de mes mouvements. L'homme que j'ai balayé avec ma magie a rejoint ses compagnons, seulement vêtu de sa tunique et d'un pantalon à la couleur indéfinissable.
« Allons, petite. Calme-toi. Personne ne te fera de mal, ici. »
Derrière lui, ils arborent des mines vaguement dubitatives qui font écho à la mienne. Il me fixe avec quelque chose comme de l'admiration.
« D'où sors-tu, gamine ? »
Je me bute sous l'insulte. Je ne suis plus une enfant. Je devais me marier bientôt et bien des filles de mon âge portent déjà un enfant. Et pas toujours leur premier ! Entre nous, le chien se hérisse encore et montre ses dents d'un air menaçant. Il reprend du poil de la bête. Le guerrier le plus proche prend un air méfiant et lui montre le poing. A vrai dire, je ne sais pas quoi répondre. Je me sens oppressée. Je ne comprends pas pourquoi je ne parviens plus à puiser dans ma magie. Je suis dans une position inconfortable et je ne sais pas comment m'en dépêtrer. L'homme soupire et passe la main dans ses cheveux.
« Tu as un nom, au moins ? »
Je sursaute. Me mords les lèvres.
« Siobhan, » dis-je finalement.
« Joli ! »
Je lève les yeux au ciel, peu disposée à me laisser dérider. Je me sens un peu moins effrayée, cependant. Sans doute parce que mes vis-à-vis ont baissé leurs armes. L'horrible guerrier tire son épée et je ne peux m'empêcher de reculer d'un pas. Il hausse un sourcil avant de la planter entre deux galets. Il écarte les mains et s'avance lentement vers moi. Le chien fait le dos rond et aboie méchamment. Sa fourrure s'est hérissée, lui donnant un aspect menaçant. Pour un cabot qui ne paie pas de mine, il est drôlement impressionnant quand il le veut. Sa balafre lui donne un air dangereux et mauvais. L'homme ne recule pas, pourtant, il n'a pas l'air particulièrement à l'aise. Je retrouve un peu de confiance en moi.
« Que me voulez-vous ! »
Ma voix n'a pas tremblé, cette fois.
« Pas grand chose, en fait petite sorcière, » chuinte-t-il en haussant les épaules. « Nous sommes aussi surpris que toi de te rencontrer ici. »


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Publié dans CGR : La Dame d'Aruna

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