Le chant de la Malombre : Chapitre 1

Publié le par Gaëlle K. Kempeneers

 

Partout où son regard se posait, Béryl ne voyait que malheur et dévastation. Le village avait été entièrement brûlé, les corps carbonisés abandonnés à l’attention des charognards. L’odeur qui s’élevait de l’endroit lui remua le cœur et fit revenir à la surface des souvenirs qu’il aurait préféré garder enfouis. Cependant, il ne fronça pas le nez ni n’afficha son dégoût comme la plupart de ses hommes. Il avait l’habitude de tels spectacles et, si ces derniers le bouleversaient toujours autant malgré le temps passé et leur fréquence, il prenait soin de ne rien en laisser paraître. Quelques vétérans affichaient la même mine fermée que la sienne mais la plupart des soldats présents étaient encore jeunes, tout juste la vingtaine. Ils s’endurciraient si le destin leur en laissait le temps. A quelques pas, un garçon d’à peine quinze ans vida son estomac contre le tronc calciné d’un arbre. Il ne serait pas le seul avant la fin de la journée.

« Au travail, messieurs, » annonça posément le chevalier. « Garrett. Prends cinq hommes avec toi et fouillez le périmètre. Les autres… creusez une fosse. Qu’au moins, ces pauvres gens ne restent pas seuls dans le repos éternel. »

« Bien, Tueur, » fit respectueusement l’interpellé, un vétéran au nez cassé et aux cheveux coupés ras qui viraient poivre et sel.

Ce dernier avait presque l’âge d’être son père pourtant il obéit promptement tout comme le reste de la troupe. Le jeune homme avait tout juste vingt ans, cependant aucun de ses hommes, même parmi les plus vieux n’auraient songé à discuter un seul de ses ordres. Il était l’un des rares survivants des Jours Sanglants. L’un de ceux qui avaient survécu aux premières attaques frontales des dragons, et dont l’existence avait été irrémédiablement brisée. Beaucoup parmi eux étaient devenus fous, perdant la raison plutôt que d’affronter l’horreur qui les avait assaillis. Les autres, tout comme Béryl, avaient un compte à régler avec les monstres qui avaient détruit leurs vies. Lui, il avait été l’un des premiers à endurer l’apprentissage de la nouvelle caste des Tueurs de Dragons, gagnant ses armes à la force du poignet et d’une volonté implacable.

Le jeune homme ne mit pas pied à terre pour aider ses subalternes, se retirant à l’entrée du village dévasté. Il ne méprisait pas le travail que ses compagnons s’apprêtaient à abattre, ni n’était trop orgueilleux pour prêter main à un travail ingrat. Cependant, son rôle ne consistait pas à enterrer ses malheureux congénères mais à protéger les vivants. L’apprentissage qui l’avait fait chevalier ne s’était pas limité à simplement développer sa musculature ou son sens de l’honneur. Non, il était un Tueur de Dragons. Son passé tragique l’avait prédestiné à cette voie avant même qu’il ne puisse décider de lui-même de son avenir. Tout comme ses frères de caste, il ressentait la présence des créatures de la Morteterre grâce à la magie que les sorciers instructeurs avaient coulé dans les esprits des volontaires. Désormais, être chevalier ne consistait plus simplement à se battre en suivant le code jusque là en vigueur dans les royaumes de la Viveterre, cela signifiait user des Arts Secrets en les combinant à sa force physique. Désormais, il s’agissait surtout de l’unique moyen de combattre efficacement les dragons meurtriers. Onze ans après les Jours Sanglants, les Tueurs de Dragons n’étaient pourtant pas légion. La plupart mouraient jeunes et parmi les volontaires, rares étaient ceux qui terminaient la formation, même parmi les combattants aguerris.

Fermant les yeux, il ne se concentra pourtant pas longtemps, les rouvrant brusquement comme il sentait une variation dans le Flot Universel. L’on tentait d’échapper à sa vigilance. Une présence qui n’avait rien à faire là. Des genoux, il pressa les flancs de son énorme monture qui s’ébranla docilement tandis qu’il traquait mentalement l’intrus. Il ne craignait pas d’être jeté à bas de sa selle, il se fiait à son cheval de guerre pour le protéger tant que son esprit serait occupé. Ce dernier avait été dressé depuis sa naissance – tout comme ses congénères – à protéger son cavalier et à participer aux combats que celui-ci aurait à mener. C’était une bête massive, trapue, aux membres épais, musclés, et au museau grossier. En dehors de son maître, nul ne trouvait grâce à ses yeux et Forteresse, ainsi qu’il l’avait nommée, était considérée comme une jument vicieuse qui mordait et donnait des coups de sabots aux infortunés qui passaient à sa portée. Pourtant, malgré son mauvais caractère, Béryl ne l’aurait échangée pour rien au monde. L’animal le mena de son pas sûr à l’est du village sous le regard intrigué de ses hommes. D’un geste, le chevalier leur intima de se tenir prêts et un vétéran, au visage couturé de vilaines balafres envoya un adolescent rappeler Garrett et son groupe. Lorsqu’un Tueur de Dragons commençait à se comporter comme un limier lancé sur la piste d’un sanglier, il valait mieux garder lames et frères d’armes à portée. Cela n’augurait jamais rien de bon et les choses pouvaient dégénérer très rapidement.

(...)

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Publié dans Autres romans

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R
<br /> <br /> Bien écrit, agréable  à lire. <br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> merciii!<br /> <br /> <br /> j'essaierai de poster bientôt la suite ! ^^<br /> <br /> <br /> <br />