La chute de Troie : extrait
le titre est encore provisoire mais en attendant mieux ^^;;;
***
La guerre était terminée.
Troie la belle était tombée.
Troie l’insolente brûlait sous les vivats de ses bourreaux.
Troie la rebelle s’était enfin soumise.
Envahi d’un profond sentiment de dégoût, Ulysse, le renard d’Ithaque, ne partageait pas la liesse générale. Ces hommes qui mourraient, ces enfants sacrifiés, ces femmes violées… Même s’il ne participait pas activement à la mêlée, cette dernière était son œuvre, au final. Il était celui dont l’esprit avait accouché du cheval funeste qui avait sonné le glas de la cité. Il n’en retirait aucune fierté.
Pas alors que tant d’innocents souffraient, que tant de compagnons étaient tombés.
Pas alors que le cadavre encore chaud d’Achille gisait à ses pieds…
Ses cheveux clairs étalés en corolle sous lui, le jeune homme semblait seulement dormir, les lèvres entrouvertes sur un souffle qu’il n’exhalerait plus jamais. Une flèche dépassait toujours de son talon, tandis que, sur son torse, le sang de ses blessures avait formé de sinistres auréoles. Apollon la tenait sa vengeance, il avait guidé le bras de Paris lorsque ce dernier avait défié le meurtrier de son frère. Le prince avait ensuite dû battre en retraite, poursuivi par une horde de Myrmidons ivres de vengeance et de colère. Le roi d’Ithaque, quant à lui, s’était arrêté là, veillant le héros tombé. Il avait l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans le ventre et, désormais incapable de continuer sur la voie sanglante tracée par ses pairs, il était resté immobile au milieu de la ville ravagée. Le poids de ses propres crimes et responsabilités pesait sur ses épaules et il se demanda comment celui-ci ne l’avait pas encore écrasé. Tombant sur un genou devant le corps, il sentait la tête lui tourner comme s’il avait trop bu.
« Qu’est-ce que je fais ici ? » demanda-t-il à voix haute.
Il ne s’adressait à personne en particulier, aussi ne fut-il pas surpris de ne recevoir aucune réponse. Quel triomphe y avait-il à assassiner des vieillards dans leur lit ?A violer des femmes sans défense ? A jeter des nouveaux nés dans les flammes ? Oui, les Achéens avaient gagné mais cette victoire lui laissait un goût amer et une impression d’horrible gâchis ne cessait de le tourmenter. Il avait été un invité dans ces rues, de par le passé. Il avait mangé à la table du sage Priam, avait apprécié la conversation d’Hector. Il avait caressé les cheveux de la princesse Cassandre alors tout juste une enfant… Quelle folie les avait donc saisis ? Quel dieu capricieux avait pris si malin plaisir à les monter les uns contre les autres ? Comment des amis d’autrefois avaient-ils pu ainsi se déchirer ?
Terriblement las, Ulysse enfouit un instant son visage entre ses mains, secoué de frissons incontrôlables. Il aurait voulu verser des pleurs, se libérer mais ses yeux restèrent douloureusement secs. Inspirant profondément, il repoussa derrière l’oreille d’Achille une mèche claire, souillée de sang, qui s’était égarée sur son visage.
« Une vie longue et ennuyeuse ou courte et glorieuse… Tu es mort bien trop tôt, mon jeune ami, » murmura-t-il très doucement. « Que vais-je dire à ton père ? »
« Crève ! Chien de Grec ! » rugit comme en réponse une voix derrière lui.
Se retournant, le roi d’Ithaque ne put tout à fait esquiver un puissant coup de taille. Projeté à terre, il cria sous l’impact. Un trait de feu irradiait de son épaule à son torse. Il roula sur lui-même, évitant un coup qui l’aurait très probablement tué. La lame ennemie laboura un sillon, là où il s’était trouvé quelques instants plus tôt. Athéna soit louée, son bras d’épée n’était pas touché. Dégainant son glaive, il serra les dents comme la douleur faisait danser des étincelles devant ses yeux. Il devait clore ce combat le plus rapidement possible. Son adversaire semblait du même avis que lui car il se rua sur le blessé en faisant de grands moulinets de son épée. L’Ionien recula et, dansant souplement malgré sa blessure, parvint à garder son assaillant à distance. Ce dernier, excédé, finit par commettre l’erreur qu’il attendait. Se fendant brusquement, Ulysse tomba plus qu’il ne se jeta en avant, passant sous la garde de l’imprudent, et lui ouvrit le ventre. L’homme chuta en arrière, se tordant de douleur. Le héros, quant à lui, parvint à se relever et tituba jusqu’à son ennemi. Sa vision de plus en plus trouble, il dut se concentrer pour achever le malheureux et s’effondra à son tour.
« Je suis trop vieux pour tout ça, » eut-il le temps de penser avant de sombrer dans l’inconscience.
bonne lecture