La dame d'Aruna : nouvel extrait
Petite mise en condition : Siobhan vient d'être recceuillie par une compagnie de mercenaires qui la ramènent à leur campement. Elle est prise en main par Karzia, Erioth et Sigill.
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(...)
Elle me pousse dans une tente derrière lequel s’élève un filet de fumée. Une odeur délicieuse monte soudain à mes narines et je manque de me mettre à sangloter. Oh Seigneur ! Ce que j’ai faim ! Je ne m’en étais pas aperçue plus tôt. La douleur dans mon estomac se mêlait jusqu’à présent à toutes les autres qui assaillent mon pauvre corps. Mais maintenant, je la sens qui entre au premier plan et la salive envahit mon palais. Sigill a raison, je ne me rappelle pas avoir mangé depuis… un bon moment. Je vacille et mes jambes se dérobent sous moi comme les fumets affolants submergent mes sens.
« Kevrill ! » appelle Karzia en pénétrant à son tour. « Un bol de soupe ! Vite ! »
Erioth m’a rattrapée avant que je ne touche le sol et me porte, serrée contre lui avec une délicatesse que je trouve choquante chez un homme au physique de brute comme lui. Il me tient comme si j’étais un petit oiseau et qu’il craignait de me faire mal avec ses grosses pattes. Je ne suis pas rassurée pour autant, je me rappelle trop la scène de la rivière pour lui faire vraiment confiance. Pourtant, je suis trop épuisée pour me dégager.
« Ben, c’est ça ! Ne te gène pas ! » proteste une voix grave.
Un gros homme à la calvitie prononcée domine la guerrière dressée sur ses ergots. Il tient à la main une cuillère en bois qu’il agite sous le nez de cette dernière.
« Dehors les piques-assiettes ! »
« Oh la barbe ! C’est une urgence, je te dis ! »
Kevrill va pour riposter mais son regard se pose sur moi et il rend les armes aussitôt.
« Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? » reproche-t-il à Karzia.
Celle-ci gonfle les joues avant de souffler d’un air agacé mais ne réplique pas tandis qu’Erioth me pose sur un banc comme si j’étais une poupée de porcelaine. Je me sens gênée par toutes ces attentions – d’autant plus qu’ils n’ont pas vraiment été tendres avec moi sur les berges de la rivière. Je ne sais pas de quoi j’ai l’air mais je suppose que je ne dois pas payer de mine à en juger par la célérité avec laquelle le cuistot me fourre un bol fumant entre les mains. La chaleur se répand contre mes paumes et je souffle sur la soupe épaisse. Il fait chaud dans la tente et, tandis que je bois prudemment pour ne pas me brûler les lèvres, je me sens sombrer dans une semi-somnolence. Kevrill n’a pas répondu à mon faible merci. Peut-être ne m’a-t-il pas entendue. Il me regarde d’un air dubitatif tout en tapant machinalement sur les doigts de mes compagnons lorsqu’ils s’égarent vers les victuailles étalées sur la table qui semble lui servir de plan de travail.
« Une sorcière ? » répète-t-il d’un ton passablement septique.
« Elle n’en a pas l’air comme ça mais elle a fait valser Erioth sans même le toucher ! »
« Et sans pierre focale ! »
J'ignore ce que c'est que cette histoire de caillou mais elle a l'air d'avoir de l'importance. Surtout pour le géant qui en semble particulièrement fier. Malgré la puissance qui dort en moi, j'ignore tout de la magie. Le cuistot hausse les épaules d'un air peu convaincu avant de retourner à son plan de travail. Le hachoir qu'il utilise n'a rien à envier aux épées des mercenaires et les regards menaçants qu'il nous dédie me font avaler ma soupe peut-être un peu plus vite que de nécessaire. Je tousse en m'étranglant sur la dernière bouchée et il hausse les yeux au ciel, excédé.
« Tirez-vous de ma cuisine ! »
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Bonne lecture !