Siobhan

Publié le par Gaëlle K. Kempeneers

Une petite présentation en extrait des persos...

 

 

Dehors, les rues sont toujours désertes. Une porte s’ouvre soudain. Un homme sort. C’est Giel, le tanneur. Il se fige en nous voyant avant de trébucher à l’abri de sa masure et de claquer le battant derrière lui. Je sens la boule se reformer dans ma gorge. Lorsque j’étais petite, il me faisait sauter sur ses genoux. L’horreur que j’ai lue dans son expression est douloureuse à supporter. Tout à coup, j’éprouve du mal à respirer. Tout ce que j’ai jamais connu s’écroule autour de moi. Je n’inspire plus que peur et dégoût aux personnes qui m’ont toujours connue. Les dents serrées, je me détourne et je m’éloigne, tête baissée. Ma famille suit à quelques pas en silence. Je me sens plus seule que je ne l’ai jamais été. Est-ce que ce sera ça ma vie ? Est-ce que, désormais, je vais terrifier les braves gens par ma seule présence ? Une fenêtre s’ouvre et un projectile s’écrase à mes pieds. Une poire. Elle a éclaté à l’atterrissage, il ne reste plus que la pulpe qui a éclaboussé mes bottes. Je m’immobilise mais rien d’autre ne vient. Je peux pourtant ressentir le ressentiment et la peur qui s’accumulent.
Sorcière !
Va-t-en !
L’horreur d’avoir si longtemps accueilli en leur sein une telle créature. La terreur à l’idée que la souillure se soit propagée…
« Allez au diable ! »
Les poings serrés, je leur hurle ma peine. Ma colère.
« Soyez tous maudits ! Pour toujours ! »
Et je m’enfuis. Loin de ce foyer devenu infernal, loin de cet esprit de clocher auquel j’ai appartenu jusqu’à maintenant ! Après un instant d’hésitation, ma famille m’emboîte le pas. Ma mère tremble devant mes malédictions. Sa peur agrandit la blessure qui grandit dans mon esprit et le pouvoir qui m’habite gronde et se tord pour se libérer. Il me serait si facile de le diriger vers le village. De détruire jusqu'à tout souvenir de ce qui s’est passé en à peine deux jours. Mais à quoi bon ? Cela n’effacera pas la douleur qui me ronge. A quelques pas de la sortie, je ralentis, reviens au pas. Je ne m’enfuirai pas comme une voleuse.

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Publié dans CGR : La Dame d'Aruna

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